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Relation de Pultusk
28 decembre 2002
"Lorsqu'il passa en revue devant le cinquieme corps, les soldats pousserent des cris :
- Papa, chleba! (du pain !)
Napoléon n'ayant pas compris, ce que signifiait ce terme "chleba", ils firent venir le capitaine Falkowski, afin qu'il l'instruise comment répondre en polonais: "nie masz chleba"(il n'y a plus de pain). Napoléon apprit sa leçon a l'instant meme et lorsque l'armée passa devant lui, et les soldats reprirent a s'écrier : "Papa, chleba!", lui, se retournant vers eux avec un sourire, leur répondit-il en polonais :
- Nie masz chleba!
alors les soldats émerveillés, s'exclamerent-ils
- Vive l'Empereur ! "
Tel est le récit des événements accompagnant la bataille de Pultusk, qui nous a laissé Jakub Kierzkowski, officier d'état-major au cinquieme corps du maréchal Lannes. Ce récit a été formidablement répété le 28 décembre dernier par Andrzej Nieuwa¿ny dont le commentaire accompagnait le spectacle historique intitulé "Napoléon a Pultusk", spectacle offert aux spectateurs réunis sur la Place du vieux marché de Pultusk, le plus long des marchés d'Europe. En ce décembre 2002, pour etre sincere, personne n'a poussé des cris "Papa, chleba" sur le marché de Pultusk, par contre, les exclamations "Vive l'Empereur !" retentissaient en abondance.
Cent quatre-vingt-seize ans apres la rencontre sanglante du corps du maréchal Lannes et de celui du général Bennigsen, sur l'initiative de l'Institut de Recherches sur l'Époque Napoléonienne et du Musée Régional de Pultusk, une commémoration de ces événements avait eu lieu devant les habitants de cette ville, si peu importante qu'elle soit. C'est pour la premiere fois que - grâce aux efforts de Marcin Ochman du Musée de l'Armée Polonaise - les troupes en uniformes d'époque sont venues a Pultusk, toutes spécialisées en reconstitution des batailles napoléoniennes. Peut-etre, ne sont-elles pas encore assez nombreuses mais leur performance, leur formation et leurs uniformes ont émerveillés le public.
Le spectacle a commencé par l'entrée sur le marché d'un escadron du régiment des Chevau-légers de Garde sous commandement de Miros³aw Mi±czyñski. Parmi les spectateurs réunis en nombre surprenant, les chevau-légers de Ciechanów ont éveillé une admiration toute particuliere, ce qui n'était pas du tout le cas des fantassins qui, crachotant furtivement de temps a autre, jetaient des regards pleins de mépris vers les cavaliers. Eh bien, il ne reste que constater que les habitudes historiques n'ont toujours pas été abandonnées.
Józef Szymanowski, officier d'état-major du maréchal Davout, précisa-t-il que pour parvenir en 1806 a "Piulstuk" - nom donné a Pultusk par les Français - "nous avons barboté dans la boue qui montait jusqu'aux genoux et dont les soldats français se souvenaient encore bien longtemps apres" et "nous y avons eu des tete-a-tete assez agités avec les Moscovites a qui on a pris quelques canons et plusieurs centaines de prisonniers". Le réel de ces deux batailles séparées par deux siecles, a bien évolué. La boue, le sale temps, la pluie et la neige ont été remplacées par un beau temps d'hiver accompagné d'une gele un peu trop forte. Par contre, tout comme en 1806, l'artillerie russe a été la (cette fois organisée par la Maison de Polonia de Pultusk) et c'est elle qui en engageant une canonnade tres forte, a commencé la bataille en assistant l'infanterie placée au milieu du marché de Pultusk et prenant sous le feu les voltigeurs français qui s'approchaient inévitablement.
"Les Russes" représentés entre autres, par le club de reconstitution historique "LIRA" venu de la Biélorussie, se sont précipités en attaque, encouragés par les marches d'époque jouées par l'orchestre de Slonim, dirigée par Mikhail Kharchanko. Tout au début, les soldats russes ont héroiquement résisté aux troupes franco-polonaises, d'abord pas tres nombreuses. Mais au fur et a mesure, de nouvelles troupes surgissant au champ de bataille, elles ont forcé les Russes a perdre du terrain et a reculer. Enfin, tous comptes faits, le dessus a été pris par : le 1er bataillon d'artillerie a pied du Duché de Varsovie, sous le commandement de Piotr Czerepak, les fusiliers du 2e régiment d'infanterie, commandés par Micha³ Zaremba, le 1er régiment d'Infanterie de la Légion de la Vistule sous le commandement d'Andrzej Zió³kowski, d'autres fantassins de la meme Légion, sous commandement de Piotr Zalewski et le 1er régiment d'infanterie du Duché de Varsovie ainsi que par les voltigeurs de son deuxieme bataillon commandés par Przemys³aw Decewicz. La victoire remportée par les forces franco-polonaises a été claire quoique pas tres convaincante, d'ailleurs tout a fait comme ce fut au temps jadis.
Apres les combats qui avaient abondé en prises des prisonniers et en évacuations des soldats blessés, tout le monde s'est impatienté de voir l'arrivée de l'Empereur en sa propre personne. Devant le bâtiment qui, il y a bientôt deux cents ans, preta l'accueil a Napoléon, se sont réunis les citadins de Pultusk, habillés en costumes d'époque et les visiteurs, tous venus pour assister au spectacle. Au bout de certains instants d'attente, comblés d'ailleurs par des récits portant sur l'époque de l'Empire, présentés par Andrzej Nieuwa¿ny, l'Empereur est arrivé, escorté par les chevau-légers de Ciechanów. Les citadins lui ayant souhaité la bienvenue par des acclamations tres chaleureuses, il est monté sur le balcon de la maison d'accueil, et a salué les spectateurs et les soldats de son armée. Apres une allocution d'accueil prononcée par le Bourgmestre de Pultusk, Monsieur Wojciech Dêbski, salué aussi par d'autres représentants des municipalités, l'Empereur a procédé au passage en revue de ses armées. Les cris "Vive l'empereur !" ne cessaient pas de retentir
Apres un court passage dans la ville, l'Empereur est monté a bord d'une caleche tirée par deux chevaux. Accompagné par le maréchal de la noblesse locale (en personne du directeur de l'Institut de Recherches sur l'Époque Napoléonienne, Monsieur Krzysztof Ostrowski), il a quitté le vieux marché de Pultusk... Mais a la sortie du marché, une jeune femme, Madame Marie Walewska s'est jetée dans ses bras l'empechant de quitter Pultusk. Un bouquet de fleurs lui offert, elle n'avait qu'a céder finalement et cette scene symbolique restera figée longtemps dans la mémoire des citadins. Il convient bien de mentionner ici que le rôle de cette belle Polonaise a été interprété par une lycéenne de Pultusk, Mademoiselle Kinga Piotrowska, lauréate d'un concours de reconstitution du personnage Marie Walewska, la finale de ce concours ayant eu lieu a Pultusk vers la mi-décembre derniere.
Le spectacle "Napoléon venu a Pultusk" a certainement déja pris une place dans le calendrier culturel de cette ville sur Narew (riviere traversant la ville). Les organisateurs ont constaté unaniment que la manifestation de cette année a éveillé un intéret des citadins de Pultusk plus animé qu'il y a un an. En dépit de certaines imperfections dans l'organisation (le développement des combats a fait plutôt penser au fameux dicton napoléonien : "D'abord engager la bataille et puis on verra...", et d'autre part, le concert final de l'orchestre biélorusse, n'a eu point spectateurs), cette manifestation s'est avérée bien réussie. Peut-etre, n'est-elle pas encore comparable aux reconstitutions organisées a Leipzig, a Marengo ou encore a ceux présentés a Borodino, mais peut-etre, le sera-t-elle déja l'année prochaine ?
Il est sur et certain qu'a Pultusk personne n'a pu trouver de prétexte pour faire des réclamations en criant : "Papa, chleba!" Les organisateurs ont veillé a servir aux participants et aux invités, du bigos, de la biere chauffée et offert a prendre un déjeuner au bar "Okruszek" (La Petite Miette) qui pour la premiere fois de son existence, il semble, a vu une telle avalanche des gens a servir. Et donc, pour terminer, il convient de dire encore : au revoir dans un an !
Internet : www: napoleon.gery.pl
Castiglione (W³odzimierz Nabywaniec)




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